Accueil du site > Productions et Publications > Regards pédagogiques > La pertinences des pédagogies actives en environnement

La pertinences des pédagogies actives en environnement

Tout au long de cet article, je tenterai d’éclairer les influences pédagogiques d’une problématique environnementale en éducation.







L’éducation à l’environnement, cela vous évoque quelque chose ? Pensez-vous qu’on va parler de nature ou de problèmes environnementaux ? Qu’on va juste en parler ou vous plonger dans cet environnement afin que vous puissiez le comprendre à travers votre vécu ? Qu’on va vous expliquer ou plutôt essayer de comprendre ce qui fait sens pour vous ? Voilà une multitude d’orientations pédagogiques très différentes. Nous essaierons, à travers cet article de comprendre quels sont les pratiques éducatives les plus adaptées à un sujet environnemental et surtout pourquoi. Pourquoi veut-on comprendre ce qui fait sens pour l’individu ? Pourquoi l’apprentissage de l’environnement sera interdisciplinaire ? Pourquoi l’apprenant sera considéré comme acteur de son apprentissage ?

 L’environnement dans l’éducation, dans quel but ?

Le passage à une problématique d’environnement (plutôt que de nature) entraîne différentes finalités en éducation : l’éducation pour l’environnement (visant à responsabiliser les individus envers ce dernier, afin qu’ils puissent le connaître, le préserver et le gérer) et l’éducation par l’environnement (où on confronte les individus au réel). L’environnement est tantôt le moyen d’atteindre un objectif de formation, tantôt le support à la formation. (Mérenne-Schoumaker 2008) Lucie Sauvé, quant à elle, affine les objectifs de l’éducation par l’environnement en proposant deux nouvelles finalités : l’éducation au sujet de l’environnement et l’éducation dans l’environnement ; distinguant ainsi l’environnement comme support conceptuel (sujet environnemental) de l’environnement comme support contextuel et concret (immersion dans le milieu). (Sauvé 1994) On peut d’ores et déjà distinguer différentes manières d’utiliser l’environnement au service de l’éducation : on éduque ‘pour’, ‘au sujet de’ et/ou ‘dans’ l’environnement.

 Evolution du concept d’environnement en faveur d’une éducation pour l’environnement

Il existe une double origine de la notion d’environnement : l’origine naturaliste (la plus ancienne) et l’origine liant l’environnement à des problèmes de société (plus récente). (Godart 2008) En effet, l’environnement fut pendant longtemps synonyme du ‘milieu’ mais, plus récemment, il se distingue du milieu par son aspect dynamique : il est le milieu « non plus seulement ‘vécu’ et ‘pensé’ mais également ‘agi’ par l’homme ». (Giolitto 1982, p.10) Si l’on comprend que l’homme agit sur son environnement, alors on prend en compte la nécessité d’éduquer à l’environnement afin que cette action soit réfléchie. L’homme doit apprendre à prendre en considération les modifications qu’il induit dans son milieu, il doit apprendre à les contrôler judicieusement. D’ailleurs, au regard du développement durable, l’environnement est défini soit en tant que ressource naturelle (renouvelable ou non), soit en tant que milieu naturel. (Zuindeau 1997) L’environnement fait ici référence à la dimension naturelle exclusivement, en excluant donc les dimensions économique et sociale. Cela peut-être dû au fait que dans le contexte du développement durable, l’environnement est mis en relation avec deux autres termes : l’économique et le social. L’environnement est alors défini pour lui-même sans être mis en relation avec ce qui peut l’influencer car cette influence anthropique est déjà reconnue dans l’essence même du développement durable, c’est-à-dire dans la mise en relation de trois dimensions : environnementale, économique et sociale. L’action de l’homme sur l’environnement est tellement avérée, qu’il s’agit dès à présent de défendre la nature, le naturel en tant que tel.

 Pourquoi considérer l’environnement dans son ensemble ?

Si cette relation intrinsèque entre le terme environnement et les effets négatifs de l’homme sur ce dernier peut être comprise à travers l’évolution de l’utilisation de ce terme, le terme environnement doit être compris dans son sens le plus large, incluant les dimensions économiques, sociales et culturelles. Cela permet d’inclure les éléments naturels, les éléments matériels ainsi que leurs relations, et les personnes ou institutions qui agissent sur ces éléments. L’environnement est alors compris comme un ‘système dynamique complexe’ entre ces différents pôles (Annexe 1). (Mérenne-Schoumaker 2008, p.47) Comme nous venons de le voir, l’environnement étant un concept holistique, il fait écho à différentes disciplines (écologique, politique, économique, social…). Ainsi selon le champ auquel on fait référence, la définition de l’environnement prendra des tournures bien différentes. Selon Crozier et Friedberg, toutes les variables constituant l’environnement sont dépendantes et constituent des problèmes spécifiques qui doivent être résolus par des acteurs spécifiques également. (Cité par Tissier 1998) L’environnement, pour être réellement compris, doit réunir ces différents acteurs. L’interprétation et l’utilisation du terme doivent faire référence aux multiples influences s’exerçant sur ce dernier.

 Quand globalité rime avec interdisciplinarité

Si la globalité de ce concept est sa qualité majeure, elle constitue également une faiblesse. Ce concept est sans échelle et donc sans limite. Il se réfère à plusieurs réalités et est donc polysémique. (Mérenne-Schoumaker 2008). C’est donc pour éviter toute confusion qu’on tend à promouvoir une éducation à l’environnement alliant différentes disciplines, afin que ces dernières se complètent. En effet, « L’environnement est l’ensemble des milieux, y compris les milieux humains, en interactions dynamiques qui sont sources de points sensibles, voire de points de crise dont la résolution des problématiques relève de la transdisciplinarité dans le cadre d’une approche systémique ». (Cité par Tissier 1998, p.49) C’est, ici, la relation complexe entre l’homme et son milieu qu’il s’agit d’éclaircir. Pour aborder cette complexité, il nous faudra allier différentes disciplines sur des situations concrètes du quotidien, dans l’ouverture et le dialogue. (Belayew et al. 2008) Ainsi, l’environnement, de par sa nature même, doit être traité de manière interdisciplinaire afin d’associer les apports des différentes disciplines lui donnant sens.

 L’influence du rôle de l’apprenant

D’autres auteurs argumentent que c’est parce qu’on se préoccupe des intérêts des individus qu’il nous faudra faire appel à une approche interdisciplinaire. En effet, pour que les élèves se sentent concernés, on traitera de situations de la vie quotidienne. Ces situations, de par leur complexité, pour être traitées, doivent mobiliser des connaissances issues de multiples branches. (UNESCO 2011) Ainsi, la didactique de l’environnement donne une place centrale à l’élève. L’éducateur prêtera attention au ‘cheminement des participants’ et au contexte de l’interaction. (Rousseau 2009, Réseau Idées asbl 2008) En éducation relative à l’environnement, on promeut donc un apprentissage coopératif où l’apprenant et ce qui fait sens pour lui (ses représentations) occupent une place centrale. On considérera, d’ailleurs avec attention les multiples facettes humaines de l’apprenant. Par cette nouvelle perception de l’apprenant, c’est toute une nouvelle vision de la relation entre les trois termes de la classe qui sera proposée (maître, élèves et savoirs). Tous seront sur un pied d’égalité, dans une relation triangulaire. On ne parlera d’ailleurs plus d’élèves mais de ‘partenaires-acteurs’. (David & Elamé 2008)

 L’environnement comme vecteur de pédagogies actives

Ce nouveau statut de l’élève-apprenant et l’interdisciplinarité orientent l’enseignement vers des pédagogies moins ‘classiques’. Si l’on veut sensibiliser à l’environnement, il faudra inclure dans l’enseignement des pédagogies actives. C’est ce qu’on appelle la théorie des situations didactiques. On ne se retrouve plus dans un schéma de transmission de savoir, mais on complète celui-ci par des situations interactives d’application et de mise en commun de savoirs d’origines diverses. (UNESCO 2011) On accompagne les connaissances générales (connaissances abordées dans un enseignement dit ‘classique’) d’une mise en application directe de celles-ci. Ce qui permettra aux élèves d’aborder les apprentissages avec un esprit critique.

Nous avons vu que l’on peut éduquer pour et par l’environnement. Cependant, quelle que soit la finalité choisie, le concept d’environnement fait aujourd’hui directement écho aux problématiques le concernant. Pour pouvoir comprendre ces problématiques environnementales, il faut les considérer dans leur complexité. Cela nécessite une vision globale et donc interdisciplinaire. Cette interdisciplinarité peut aussi naître de l’envie de susciter de l’intérêt chez les élèves en leur présentant des problématiques quotidiennes qui ne sont donc pas cloisonnées dans un seul domaine. Quoi qu’il en soit c’est bien de la nature du sujet environnemental que nait cette nécessité d’interdisciplinarité, tant par la complexité du sujet que par la nécessité de susciter de l’intérêt chez l’apprenant. Dans cette même logique, l’on s’orientera également vers des pédagogies actives.

Objectif Sciences International incarne parfaitement cette transmission interdisciplinaire et active des savoirs environnementaux.

 Bibliographie

Belayew, Dimitri, Philippe Soutmans, Axel Tixhon et Denise Van Dam. 2008. Education à la citoyenneté et à l’environnement. Namur : Presses Universitaires de Namur, 186 p.

David, Jean et Josh Elamé. 2008. L’éducation interculturelle pour un développement durable : propositions de formation des enseignants et éducateurs sociaux. Paris : Publibook, 148 p.

Giolitto, Pierre. 1982. Pédagogie de l’environnement. Vendôme : Presses Universitaires de France.

Godart, Marie-Françoise. 2008. « Environnement et écologie ». In Education à la citoyenneté et à l’environnement, sous la direction de Dimitri Belayew, Philippe Soutmans, Axel Tixhon et Denise Van Dam, p. 57-69. Namur : Presses Universitaires de Namur.

Mérenne-Schoumaker, Bernadette. 2008. « Territoires et territorialité : la trame spatiale de l’environnement ». In Education à la citoyenneté et à l’environnement, sous la direction de Dimitri Belayew, Philippe Soutmans, Axel Tixhon et Denise Van Dam, p. 41-55. Namur : Presses Universitaires de Namur.

RESEAU IDEES asbl. 2008. ‘Parcours d’ErE : L’éducation relative à l’environnement : pourquoi, comment, pour qui, vers quoi ?’ Réseau Idées, 2008.

Rousseau, Catherine. 2009. « Ces métiers qui portent l’éducation à l’environnement ». Symbioses, n° 83 (3e trimestre).

Sauvé, Lucie. 1994. Pour une éducation relative à l’environnement. Montréal : Editions Guérin, 361 p.

Tissier, Bernard. 1998. Education, formation, environnement. Paris : Editions Economica.

United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization (UNESCO). 2011. Education pour le Développement Durable et compétences des élèves dans l’enseignement secondaire. Rédigé par Caravita, Silvia et Pierre Clément. Paris : UNESCO.

Zuindeau, Bertrand. 1997. « Le développement durable : une introduction générale ». In Environnement : Représentations et concepts de la nature, sous la direction de Jean-Marc Besse et Isabelle Roussel, p. 190-204. Paris : L’Harmattan.



Elisa PASLEAU,
date de publication : 28 février 2015,
date de dernière mise à jour : 7 mars 2014


Soutenez l'association en partageant cette page autour de vous :

Voir également :

Cherchez parmi 25 articles :